vendredi octobre 19, 2018

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Quel souvenir les jeunes générations africaines gardent-elles des figures historiques et politiques célèbres telles que N’krumah, Kenyatta, Nyereré, Boganda, Lumumba, Senghor, Modibo Keïta, Houphouët-Boigny ? En vérité, cette génération d’Internet et de la vidéosphère sait très peu de choses sur ces « monuments » de l’histoire africaine contemporaine.
Actuellement, seul Nelson Mandela occupe le haut du pavé dans le panthéon politique des jeunes africains. Mais pourquoi assistons-nous à un tel état de fait ?

 


Evidemment, les raisons en sont multiples. Mais déjà, apprenons à ne pas confondre ici, hommes historiques, héros nationaux, hommes d’Etat et dirigeants ou responsables politiques. Ces formules ont cette capacité à signifier aujourd’hui tout autre chose que ce qu’elles signifiaient hier.
L’histoire de l’humanité regorge d’individus qui ont réussi, de manière générale, à être à la fois des hommes historiques et des hommes d’Etat. Ce sont les cas du général de Gaulle, de Winston Churchill, de Roosevelt, de Ben Gourion et de Nelson Mandela. Et, le temps a fini par faire de ces hommes, des héros universels, transcendant ainsi les frontières de leurs terres natales. De même, l’histoire regorge d’individus qui étaient des hommes d’Etat sans Etat. De tels individus ont consacré toute leur vie et leur énergie au service d’une cause noble et juste dont ils n’ont pas pu assister au triomphe. C’est le cas du fondateur du sionisme politique, Theodor Herzl, qui n’a pas vu, de son vivant, la création de l’Etat d’Israël, lui qui avait consacré toute sa vie à la cause sioniste. C’est aussi le cas de Yasser Arafat, qui a incarné, jusqu’à son dernier souffle, la cause palestinienne.

Certains politiques ont également estimé que, par-delà leurs crimes monstrueux et imprescriptibles, Hitler, Staline et Mao ne furent pas que des démons inhumains, mais aussi de grands hommes d’Etat. Le débat reste ouvert. Serait-ce la capacité à exceller dans des « politiques du mal » qui fait de l’individu un homme d’Etat ? Ne prend-on pas là le risque de banaliser l’expression « Homme d’Etat » ?

Nombre de dirigeants politiques pensent qu’avec des discours dénués de toute vision stratégique, un homme politique ou politicien peut se transformer automatiquement en homme d’Etat

En Afrique noire, on peut relever que, souvent, dans leurs discours, certains dirigeants et responsables politiques se réfèrent à la vision et à l’œuvre politiques de N’krumah, Lumumba et Mandela. Ils savent que ces grands hommes d’Etat, de surcroît leaders historiques exceptionnels, jouissent d’un capital de sympathie et d’estime inépuisable auprès de l’opinion africaine.
Ils sont l’incarnation de la fierté africaine, de la paix, de la démocratie et du « rêve » panafricaniste. Ils sont des traceurs de chemin, grâce à leur attachement sans limite à la culture, aux œuvres de l’esprit, à la chose publique, à l’intérêt général et au bien commun. En règle générale, ce qui obsède de tels individus, c’est l’empreinte morale, intellectuelle et surtout politique qu’ils laisseront dans l’histoire universelle. C’est pourquoi ils sont imaginatifs, inspirés et détachés, voire souvent mystiques. Tout leur agir politique repose sur la recherche absolue du consensus face à toutes les situations conflictuelles collectives. Tout simplement, ces hommes d’Etat tiennent, comme à la prunelle de leurs yeux, à la volonté de faire vivre et de coexister pacifiquement les citoyens de leur pays. Leurs actions politiques, tout en transformant le réel, ouvre les portes de l’espérance à leur peuple. Ils se méfient, voire rejettent les recettes dogmatiques. Au fond, la philosophie et l’action politique d’un homme d’Etat reposent sur « une éthique humaniste », qui apporte respect, dignité, prospérité et joie à son peuple. Son idéal politique se structure autour de valeurs essentielles telles que la générosité, la compassion et le partage. Et, pour le réaliser, l’homme d’Etat sait bien conjuguer son intuition et la stratégie, grâce à un sens inégal du jugement politique.
A l’heure actuelle, sur le continent africain, nombre de dirigeants politiques pensent qu’avec des discours dénués de toute vision stratégique, un homme politique ou politicien peut se transformer automatiquement en homme d’Etat. En vérité, ils sont victimes de leur propre vision idéologique, c’est-à-dire, comme le relève si bien Séverine Kodjo-Grandvaux, d’ « un ensemble de dogmes à imposer par la force et la coercition, et présentés comme les seuls et uniques fondements de l’organisation sociale ».

L’homme politique, sous nos cieux, est souvent dépourvu d’une pensée du futur

Pourquoi la gestion politique actuelle de nos pays choque-t-elle le sens moral des citoyens africains ? Tout simplement parce qu’il manque à la fois aux « politiciens professionnels » africains, une réelle éthique de la conviction et de la responsabilité. A cela, il faut ajouter l’absence de toute capacité à anticiper les mouvements de l’histoire, et d’avoir une intelligence des faits collectifs. Les politiciens accordent une confiance excessive à leur vision idéologique du monde, à travers leurs appareils politiques clos, où l’on ne débat ni ne discute. Avant d’agir, ils sont incapables de « penser » leur but politique véritable. L’homme politique, sous nos cieux, est souvent dépourvu d’une pensée du futur, du « Non-encore » (Ernst Bloch), d’où la surdétermination, dans le champ politique africain, de la langue de bois idéologique et de l’impossibilité de produire sur soi un discours autocritique. Ici, gérer un Etat, ce n’est pas fédérer les citoyens dans leur diversité, grâce au consensus autour d’un idéal politique commun, mais c’est participer au spectacle d’une lutte perpétuelle pour le pouvoir. Un pouvoir politique dont toute la finalité se résume à un seul verbe : jouir. Or, chez l’homme d’Etat, la démocratie dont il est un ardent défenseur, c’est d’abord « une vision partagée du futur ». C’est ce qui conduit les citoyens à adhérer, avec joie, à sa vision et à son agir politiques.
En définitive, pour les hommes d’Etat, il est des valeurs telles que la liberté, la paix, la démocratie, la fraternité, la solidarité qui leur semblent impossibles à enfreindre, quelles que soient les circonstances. Ils aiment, et leur patrie, et leur peuple. Ce sont des serviteurs de l’humanité car, ils ont complètement renoncé à une certaine conception de la politique et de l’Etat, reposant sur le mensonge et la violence. Ils sont toujours prêts à s’immoler volontiers sur l’autel de l’intérêt général de leur pays, de leur peuple. Ils font du pouvoir politique non pas une fin, mais un moyen. Cela dit, évitons, tout de même, toute vision manichéenne entre homme d’Etat et homme politique.

Abdoulaye BARRO

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